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Le blog de docteurlabuse.over-blog.com

On vit une époque formidable.

IL ETAIT UNE FOI 2

En vérité, je vous le dis, on ne pouvait pas se quitter comme ça. Il fallait une suite. Une séquelle serait plus adaptée, non pas pour sacrifier aux manies du vocabulaire cinématographique (sequel ne se traduisant pas par séquelle), mais plutôt dans le sens médical du terme: ce qui reste après la guérison. Rarement miraculeuse, sauf à Lourdes nous l'avons abordé dans l'article précédent.

Faux amis, contresens, ou bien sujet enduit d'erreurs (mais vous pouvez dire qui induit en erreur, ça ne change rien.) J'ai volontairement omis (tu parles) d'aborder les gros succès de ces derniers mois que sont Habemus Papam de Nanni Moretti, et The tree of life de Terrence Malick. Il n'y a aucun rapport entre les deux, sauf que La Critique en voit un. Melville, le cardinal qui ne veut pas être pape, et la famille américaine des années 50 qui est touchée par la grâce. D'un côté, le doute encore , et de l'autre, le sens de la vie façon sermon. Habemus papam versus habemus animam (nous avons un pape face à nous avons une âme- note du traducteur-).


         habemus papam 3

Trouver le pape.

Dans cette image se dissimule un pape. Sauras-tu le retrouver ? La campagne américaine pour renouveler Obama a commencé. Nous avons eu droit à deux séquences ou des candidats ont perdu le fil, ou n'ont pas su répondre à une question. Il y a cette anecdote dans le film de Moretti ou un journaliste spécialiste du Vatican finit par dire qu'il ne sait pas, qu'il ne comprend pas. On se prend à rêver d'un Pujadas ou d'un Calvi largué en plein milieu d'une interview de Sarkozy, perdant les pédales. L'échelle humaine en somme. Celle qui file le vertige au cardinal Melville, à qui on offre de gravir le dernier barreau. Pape c'est trop. Et il n'est pas le seul. La scène de l'éléction est à ce titre très parlante: les voix intérieures, pas moi pas moi, sont la clé du film. Et il n'est pas question de volontariat dans cette affaire, c'est Dieu qui décide. Une pression insoutenable.

 

 Et Dieu, c'est le PDG. Pas moyen de refuser une promotion. D'autant que le poste à pourvoir est en CDI. Alors tenter d'explique cette volte-face, ce moment d'égarement, voire cette trouille paralysante ? Qui n' a pas été confronté une fois dans sa vie à cette angoisse qui vous saisit au moment d'aller au tableau pour résoudre cette saloperie d'équation, ou quand pendant le repas de mariage de l'oncle Roger toute l'assistance vous demande de chanter en karaoké Pretty woman. Assis peinard au dernier rang ou au bout de la table derrière la pièce montée.

Le Rubicon. L'anonymat du cardinal dans sa retraite spirituelle ronronnante se trouve remis en cause par le vote démocratique episcopal. Les voies du seigneur sont impénétrables et les vents cardinaux tournent du mauvais côté. Moretti nous montre le désarroi, mais l'honnêteté d'un homme confronté à une charge qui le dépasse. Pas question de franchir le Rubicon pour le cardinal Melville, et les tentatives du psychanalyste ou d'une fugue en ville n'y pourront rien changer. Et c'est toute la société qui est suspendue à ce contretemps impossible. Comment cette institution millénaire pourrait-elle se gripper ?

                           habemus papam 4

Y répondre serait avouer que ce haut-lieu de la spiritualité n'est qu'un panier de crabes, dont les rouages sont semblables à ceux de n'importe quelle "entreprise". Le pouvoir et ses arcanes ou ses petites combines, sous le décorum et le velours rouge d'un Vatican parfaitement reconstitué. Le psy organise donc un stage de cohésion, avec rencontres de volley, dont les règles rappelent étrangement le système éléctoral italien... Un garde suisse sert de doublure au pape absent, pour donner le change.

Pendant ce temps Melville erre dans la ville, croise des manifestants, des acteurs. Et l'ex-femme du psy qui le materne sans poser de questions, lui fournit une réponse toute faîte.

Une pièce de théâtre avec l'acteur fou qui connaît toutes les répliques. Melville/Piccoli est un acteur, mais il ne peut pas tout jouer. La pièce qu'on lui propose n'est pas dans son registre. C'est ce qu'il va finir pas dire au balcon de la basilique Saint-Pierre. 


Auprès de mon arbre.

             maman vole

 

" Où étais-tu quand je fondais la terre? Dis-le, si tu as de l'intelligence. Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu? Qui a tendu sur elle le cordeau ? Sur quoi ses bases sont-elles appuyées? Qui en a posé la pierre angulaire, alors que les étoiles du matin éclataient en chants d'allégresse et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie ? " (Livre de Job, chapitre 38, versets 4,7)

Le livre de Job n' a pas été écrit par Job, étonnant non ? En revanche, la vie de ce pauvre pêcheur, fan de son Dieu, sera faîte de souffrances et de tourments, façon de prouver qu'il est vraiment accro. Comme c'est franchement glauque, c'est Satan qui est chargé du boulot. Et Job tient le coup, et sera récompensé: une autre vie avec femme et enfants...  Une parabole de notre vie terrestre, enfin celles que nous montre Terrence Malick dans son Tree of Life. Et le préambule extrait de Job a l'avantage de la poésie, parce que les étoiles du matin qui éclatent en chants d'allégresse sortent du champ de la parole,  donnent le ton du film et en particulier des images de la création, éruptives et violentes, liquides et apaisantes.

La Kritique parle d'une symphonie en images. Magistral. Hypnotique. Sublime. Envoutant. Un bémol à Libé: pris en otage 2h30 dans une église !  Alors plutôt que de chercher d'autres adjectifs à la con, tâchons de voir ce qui fait de ce film un événement. 

600 kilomètres de film, pas d'effets de lumière (Malick tourne en lumière naturelle), et l'utilisation de la steadycam à la poursuite du regard ou du geste qui va vous toucher. Et il vous touche. Au moment où vous ne vous y attendez pas, le jeune Jack va penser ce que vous avez pensé un jour de votre enfance. Car chez Malick, la voix intérieure (off) est un des personnages du film.

               tree of life 3

Qui dit symphonie dit musique. Il fallait bien accompagner Job dans sa douleur par une superbe voix féminine et un orgue propice à la méditation. Zbigniew Preisner, et son Lacrimosa, extrait de Requiem for my Friend, feront très bien l'affaire. Compositeur attitré de Krysztof Kieslowski, pour 3 couleurs et la double Vie de Véronique, il écrit Requiem à la mort de Kieslowski. Aucun doute sur le texte, il est religieux. Pardonne à l'homme... retour à la poussière...jours de larmes...Jugement dernier... et c'est le thème du film, on est bien d'accord. Mais la musique du film c'est Alexandre Desplat, celui qui collectionne les prix: The gosht Writer, c'est lui, et la liste est longue de Tamara Drewe à Harry Potter. Ce qui n'empêche pas Bach, Malher ou Berlioz d'y figurer. Et ce n'est pas un hasard si le père(Brad Pitt) est musicien. Musique sacrée certes, mais sacrée musique c'est sûr.

Etats-Unis, Texas, années 50. Formica et prières du soir.

Une famille américaine, de la naissance des enfants à la mort de l'un d'eux. On ne saura rien des parents, hormis ce qui les fait exister. La tradition provinciale, rythmée par l'église, les prières, et la vie communautaire: Halloween, les bulles de savon, la nature proche, et la minorité noire.

Les deux adultes sont emblématiques de cette Amérique. Le père-Brad Pitt- c'est l'ordre, la règle, la force, voire la brutalité. La musique qu'il joue, c'est du travail. Toscanini est l'exemple de l'effort qui doit guider nos pas. Pas de réussite sans sueur, sans souffrance. La mère-Jessica Chastain-c'est la grâce, la pureté, le rêve, mais aussi l'obéissance. Diaphane, légère, on ne s'étonne même pas de la voir flotter dans l'air devant son arbre. Une enfant parmi ses enfants.

                                     tree of life  

Trois garçons dont la naissance et l'enfance sont des instants aériens, lumineux, qu'un souffle de vent caresse dans leur berceau, choyés et embrassés par des parents tout de douceur. Le présent "passé" c'est l'Eden. Une rivière paisible, sans remous. Un arbre qui pousse tout seul. Puis vient l'"éducation". Et la rigueur. Et la résistance. Encore la nature.

                                      tree of life Jessica Chastain 

Le départ du père signe le rapprochement de la mère et de ses garçons. Jack, l' aîné prend la place vacante et l'Oedipe a le champ libre, séquences d'une intensité contenue, et c'est encore le fleuve qui emporte les traces de ce désir incestueux. Tuer le père quand il revient. Une pulsion violente, mais impossible à réaliser. 

         tree of life 5

 "Père, vous vous débattez toujours en moi." Une voie intérieure qui pousse le père et le fils à cet instant d'une tendresse bouleversante, scellant leur amour dans le présent futur.

C'est bien dans ce présent futur que commence le film. L'épreuve . Job. La mort du jeune frère, à la guerre (du Vietnam ?), qui déchaîne la douleur, et les puissances de la nature. Une nature qui donne lieu à des images remontant aux origines, liquides, du monde. Fureur et beauté, prédateurs et proies. Et c'est de ce présent futur que Jack tente de rejoindre le passé.

La dimension du temps renvoie à la vision "philosophique" de St Augustin. Un des pères fondateurs de l'Eglise chrétienne, vers le 4e siecle. Ne vous y trompez pas, il y a là une explication du montage de Terrence Malick. Job, Saint Augustin sont des artifices, pas une profession de foi.

Seul le langage prête du temps à l’être. 
Seul l’instant, un présent indivisible est.
Seul le temps au moment où il passe peut être mesuré.
L’écart entre instant et éternité est incommensurable.

En fait, nous mesurons le passé comme mémoire et le futur comme attente.
Nous racontons et nous prédisons. 
Et ceci dans le présent. Les choses ne sont que comme présentes.

 

Alors voilà, on se dit qu'on va parler ciné, chers lecteurs, et puis chemin faisant on s'égare. On philosophe, on ratiocine( cherche dans le dico), au lieu de s'extasier sur la beauté de Jessica Chastain, la future Lady Di, ou de papoter sur le divorce de Brad, son projet d'arrêter le cinéma à ses 50 ans.

Pour finir, la comparaison des images explosives de la "création du monde", avec celles de Stanley Kubrick pour 2001, ne manque pas d'intérêt. A la différence que là où Kubrick est profondément pessimiste sur l'homme, Terrence Malick nous offre une fin ouverte, honirique certes, mais optimiste.

          tree of life 6

Allez, cogne mon fils, cogne.



 


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