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Le blog de docteurlabuse.over-blog.com

On vit une époque formidable.

MORT DE PEUR 1

Cerveau lent

Vitesse et efficacité sont les deux mamelles de la dynamique du monde moderne. Perdre son temps et ne servir à rien mènent tout droit à la marginalisation. Réussir sa vie revient donc à la rentabiliser vite et bien. Pour ce faire, la science d'aujourd'hui vous offre les moyens d'y parvenir. La médecine par exemple, parce qu'il faut être en bonne santé. Et quoi de mieux que la prévention pour vous seriner que si vous suivez les règles tout ira bien.

Pensez quand même à prendre une assurance-vie.

Reste tout de même une limite infranchissable.

La mort.

Considérée par certains comme un manque de savoir vivre, la mort arrive dans les sondages sur les inquiétudes des Français bien avant le chômage, la vie chère, ou le retour de Sarkozy. La peur de la mort se tient toujours tapie derrière nos raisons de vivre. Et philosopher, laissez-moi rire, n'est surement pas la meilleure façon d'apprendre à mourir. « Un cerveau ça ne sert pas à penser. Ça sert à agir » Par exemple à prendre ses jambes à son cou si votre vie paraît menacée.

La peur de la mort ne rentre donc pas dans cette catégorie.

Comment savoir que l'on est mort ?

Cette question qui taraude l'humanité depuis toujours, a vu ses réponses se préciser avec les progrès de la médecine. Pas de buée sur le miroir, pas de réponses aux diverses stimulations du croque-mort le bien nommé, pour aboutir dans les années 1950 à la notion de mort cérébrale, rançon des progrès des techniques de réanimation et des débuts des greffes d'organes. Les frontières de la mort se sont ainsi précisées à la fin du 19e siècle, quand le commun des mortels vivait dans la terreur d'être enterré vivant !

MORT DE PEUR 1

Un rapport de 1877 dans le British Medical Journal raconte l'expérience d'une femme malchanceuse à Naples, « qui risque bien d'augmenter la crainte de ceux qui redoutent d'être enterrés vivant ». Le procureur a prouvé « qu’une femme a été enterrée selon l’usage, croyant qu'elle était morte, alors qu'elle était dans un état de transe. Quelques jours après, lorsque la tombe dans laquelle elle avait été placée a été ouverte pour y déposer un autre corps, on a constaté que les vêtements qui couvraient la malheureuse étaient déchirés, et qu'elle avait même fracturé ses membres en tentant de se dégager de sa tombe ". Le juge a reconnu coupable d'homicide involontaire le médecin qui a signé le certificat de décès et le maire qui avait autorisé l'inhumation et les a condamnés chacun à trois mois de prison.

En effet à cette époque, les outils et le savoir du médecin sont plutôt rudimentaires. Le premier stéthoscope fut inventé par Laennec en 1814, et vraiment efficace que bien des années plus tard. Quand à l'activité cérébrale, il faudra attendre le siècle suivant. On en saura un peu plus sur l'épilepsie qu'à la fin du 19è avec le Pr Jean Martin Charcot, qui contrairement à ce qu'on raconte ne trouvera pas la clé de l'hystérie. Un patient dans le coma à cette époque, qu'elle qu'en soit la cause, pouvait bien passer pour mort. Enterrer quelqu'un qui était sous hypnose, par exemple, ou dans une transe hystérique, par erreur donc, terrorisait tout un chacun. Messmer, l'autrichien « inventeur » du magnétisme est encore dans tous les esprits. Les maladies infectieuses, les épidémies galopantes conduisaient souvent les autorités à accélérer le processus de l'inhumation. Les signes post-mortem restaient une énigme à l'époque de Napoléon, et le risque de précipiter dans la tombe, voire la fosse commune, des individus encore en vie, alimentait la terreur populaire.

La presse à sensations, et les écrivains comme Edgar Allan Poe, en ont fait leurs choux blancs, propageant ainsi des histoires d'enterrés vivants qui circulent encore de nos jours.

L'heure de la mort

Vous êtes Le médecin légiste des Experts. La première question qui vous tombe dessus c'est l'heure de la mort ! Votre réponse est capitale, tous les épisodes commencent comme ça.

Sur quels signes allez-vous vous baser pour être le plus précis possible ?

Ne vous laissez pas impressionner. Une paire de gants en latex pour vous agripper à votre cheese-burger, ça serait dommage de le laisser tomber, bref ouvrez grand vos yeux, et cherchez ces foutus signes.

-Le premier signe, qui apparaît 4 heures après le décès est la rigidité cadavérique. La Rigor Mortis, due à la coagulation de la myosine, protéine musculaire essentielle dans le mouvement de chacun des muscles de l'organisme. Cette rigidité atteint progressivement les muscles du haut vers le bas, les premiers atteints étant ceux du visage et du cou.


-les lividités cadavériques sont visibles peu après l'arrêt du coeur. Les vaisseaux sanguins deviennent perméables aux globules rouges qui vont donner cette jolie teinte violacée sous la peau aux endroits déclives du corps. Encore une fois, le premier endroit où elles apparaissent est le cou. Les points de pression n'en portent pas, et les nuances de ces lividités peuvent indiquer certaines causes de la mort.


-Dès les premières heures, voire juste avant la mort, en tenant compte de la météo, les insectes s'installent. Certaines mouches par exemple, pondent leurs oeufs dans les orifices du corps. Découvrir ces oeufs est donc un élément probant pour l'Heure de la mort.

Ces différentes étapes sont le témoignage de la décomposition qui débute à l'arrêt des fonctions vitales. La fin du système immunitaire déclenche la destruction des cellules et la prolifération des bactéries intestinales. L'organisme est donc le lieu du festin orchestré par notre propre flore intestinale et par les insectes nécrophages.

-La putréfaction apparaît en quelques jours sous la forme de tâches verdâtres au niveau de l'abdomen.

- Vous êtes désormais capable de figurer dans l'équipe des experts. Je vais cependant vous donner un truc qui fera de vous le meilleur. La température (centrale, celle que vous prenez quand vous avez la crêve, pardon, la grippe).

De la même manière que votre soupe refroidit si vous êtes au téléphone, le corps perd environ 1 degré chaque heure après le décès. Pour la mesurer, il faudra vous munir d'un thermomètre spécial, mais la voie anale reste de mise. Les feuilletons américains nous ont déjà habitué à la prise de température hépatique à l'aide d'une sonde qu'on enfonce sous les cotes. C'est plus photogénique que la méthode traditionnelle, mais pas plus efficace.

Tous ces signes, fruit de l'observation et de la compréhension de la physiologie, sont relativement récents. Edgar Poe les ignorait. Il faut attendre la fin du 19è siècle pour commencer à avoir quelques certitudes sur les frontières de la mort.

Le problème reste malgré tout actuel. En effet, nombreuses sont les situations où persiste le doute. Parce que la définition médico-légale de la mort se heurte très souvent à des considérations religieuses qui font du passage de vie à trépas une étape dont le sens ne se mesure pas avec un thermomètre.

A suivre. Pourquoi vous avez peur...

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